Dernier jour à la capitale

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Cuba - La Havane
de Isadan, le 28-07-2006

Dernier jour à la capitale

Le réveil retentit à 8 H 30, petit déjeuner à 9 H 00. La nuit a été chaude, la clim n’étant pas assez puissante pour la grandeur de la pièce.

Nous voici au dernier jour de notre voyage, le retour est prévu pour 21 H 30 ce soir. Si nous ressentons ce petit picotement au cœur, nous tentons tous les deux de le cacher.

Nous espérons pouvoir laisser nos bagages dans la chambre jusqu’à ce soir 18 H 00 et rentrer puis nous préparer ensuite mais à voir avec lui.

Nous allons prendre le petit déjeuner, sympa mais plus frugal que les autres. Une chose nous interpelle, la femme d’humberto ne vient pas nous saluer. Cela se confirme, l’accueil de notre correspondant n’a rien à voir avec celui des autres familles.

Nous demandons à humberto pour les bagages mais il doit nettoyer la chambre. Nous pouvons laisser nos bagages dans le salon mais sentons bien que ça ne lui plaît guère.

Nous payons ce que nous lui devons et à notre grande et agréable surprise, il ne nous demande que 30 CUC pour le repas, le petit déj et les boissons. Nous nous disons que finalement nous nous sommes peut être trompés sur sa personne.

Ne pouvant laisser nos affaires dans la chambre, nous organisons nos sacs afin que cela soit au mieux pour la journée et le voyage de ce soir.

Nous nous mettons en route après avoir bouclé les divers sacs, l’objectif étant d’aller visiter le musée du Ché dans la forteresse à l’autre bout de la Havane par rapport à notre logement. Il faut arpenter tout le malecon, longer le vedado, le centro habana, et au niveau de la vieille havane (viejo habana) emprunter le tunnel passant sous la mer afin d’atteindre les deux forteresses construites par les espagnols pour défendre mieux l’île précédemment prise par les anglais.

Avant de rejoindre le malecon, nous allons changer de l'argent et nous faisons plaisir en achetant des bananes avec des pesos cubains. C'est la deuxième fois que nous faisons ça et sommes heureux d'y parvenir.

Nous cherchons soit une moto taxi, soit une voiture américaine mais ne trouvons pas alors utilisons nos pieds. Un coco taxi pouvait nous emmener mais il n’a pas le droit d’emprunter le tunnel. De ce fait, nous refusons. Il fait particulièrement chaud aujourd’hui.

Nous longeons le malecon et profitons de l’air de la mer. Nous marchons d’un bon pas, impatients sans se le dire de parvenir au but, soucieux de réussir à bien profiter de cette dernière journée.

Nous approchons de la forteresse, nous renseignons auprès de la police municipale quant au moyen de traverser le tunnel à pieds mais c’est peine perdue. Les piétons sont interdits. Nous décidons alors d’un commun accord de prendre le bus avec les cubains. Ceci n’est pas uniquement dans le but de payer moins cher mais aussi dans le but de faire comme les cubains, de partager leur moyen de transport, quelqu’il soit afin de mieux mesurer leur mode de vie. Et rappelons que le transport n’est pas une sinécure à Cuba. S’il n’est pas cher pour la majorité d’entre eux, il est loin d’être confortable. Vous y êtes serrés dans la chaleur et la pollution, pour un coût modique soit, même s’il est considérablement plus élevé pour le touriste.

Cette différence entre les deux monnaies nous agace un peu à force même si encore une fois, nous comprenons que c’est pour eux le seul moyen d’avoir des pesos convertibles et donc de s’acheter des produits autres qu’alimentaires ou sanitaires.

Le bus arrive sans trop tarder, nous traversons le tunnel pour un CUC et nous rendons compte qu’il nous aurait été très désagréable de le traverser à pieds. Nous voici de l’autre côté de l’île. Nous marchons jusqu’à l’entrée de la forteresse dans laquelle se situe le musée du Ché ayant été informés par le guide du routard que l’autre forteresse était moins intéressante et souhaitant surtout découvrir l’endroit où ernesto che guevara avait établi son bureau de ministre lors de son arrivée à la Havane le 2 janvier 1959.

La forteresse est vraiment grande, emplie de logements de trouffions transformés pour certains en petite cafétéria. La chaleur est vraiment accablante et nous nous asseyons un peu pour nous reposer et nous rafraîchir.

Nous accédons au musée du ché (4 CUC en tout pour la forteresse et le musée par personne) ; là sommes émus par de nouvelles photos montrant son enfance, son adolescence, ses différents combats, ses guérilleros. Nous découvrons son bureau, beau mais restant sobre, fidèle je trouve à l’image de cet homme qui s’est montré valeureux, courageux, combattant mais jamais en quête de pouvoir.

Nous tentons de nous restaurer assis sur la fenêtre mais les gardes nous disent que cela n’est pas autorisé.

Nous sortons donc et faisons le tour de cet endroit qui l’a abrité ainsi que ses compagnons et l’imaginons sur les chemins. La vue sur la havane est vraiment prodigieuse. Dada la photographie autant qu’il le peut puis nous nous posons dans une des salles afin de boire une bonne bière et de reprendre des forces avant le retour.

Nous quittons l’endroit et allons attendre le bus. Un chameau arrive et nous disons banco, nous essayons ce transport urbain que tant de cubains utilisent chaque jour. Il nous en coûte un euro et nous comprenons la douleur des usagers. Nous sommes comprimés vraiment fortement et nous nous rendons compte de la difficulté de ce moyen de transport quotidien. Nous nous l’essayons ponctuellement, c’est différent ! ! mais nous sommes fiers d’essayer, pour encore mieux comprendre le pays.

Le trajet passe vite, nous sommes heureux mais vite refroidis lorsque nous nous rendons compte que notre porte monnaie a été volé. Cela s’est fait vraiment rapidement et avec beaucoup d’agilité et de discrétion…

Nous voulons relativiser de suite, il n’y avait « que » 15 CUC à l’intérieur et pas de papiers ; notre appareil photo est toujours là mais néanmoins, nous nous sentons un peu tristes.

Parce que nous respectons les cubains, parce que nous sommes venus avec des cadeaux pour eux et surtout beaucoup d’estime, que nous essayons de vivre comme eux et que nous n’avons pas le sentiment d’être des touristes comme tout le monde. Nous verbalisons et puis laissons passer doucement ce souci en allant à la recherche de la lampe indonésienne que nous souhaitons acheter et d’une sérigraphie de john lennon et ché guevara que nous avions repérée lors de notre première visite.

Les rues de la vieille havane sont gaies, emplies de monde, colorées, aux belles maisons coloniales, même si lézardées. Nous retrouvons la sérigraphie mais ne l’achetons pas, pas moyen de négocier et il ne reste qu’un exemplaire qui a dû souffert d’être affiché à l’air..

Le vendeur du magasin qui nous explique qu’il ne peut négocier, le magasin étant un magasin d’état permet à dada de photographier la sérigraphie.

Nous nous remettons en route, passons devant le capitole, et parvenons au quartier chinois. Assez surprenant ! avec une porte chinoise pour annoncer le quartier, des magasins chinois, des noms de rues chinois. C’est anecdotite et à voir. Un policier nous renseigne et nous découvrons le magasin dont humberto nous avait donné l’adresse. Seul dada y entre, je garde le sac à dos et tente de rester dans l’entrée climatisée mais interdit…
Ce climat d’interdit, de suspicions sur tout sac démontre tout de même assez bien le climat de dictature qui parfois nous est difficile à vivre. Nous venons d’un pays libre et mesurons davantage encore la chance de pouvoir vivre ainsi chez nous.

Dada trouve la lampe. Nous allons siroter une bucanero, sûrement la dernière du voyage et rentrons à pieds… Nous n’avons, du fait du vol, plus beaucoup de CUC et il reste à payer le taxi pour aller à l’aéroport et nous sustenter ce soir.

Nous dégoulinons de sueur, le soleil darde toujours de ses rayons et nous avons hâte de nous rafraîchir. La piscine de l’hôtel Las Americas sera sans doute fermée à notre retour, nous prévoyons donc de demander à humberto l’accès à la douche.

Nous arrivons chez humberto vers 17 H 45 après une bonne marche, lui expliquons nos déboires et lui demandons s’il est possible de nous rafraîchir. Et là, quelle surprise ! et pas une bonne surprise… Humberto non seulement nous dit que ça n’est pas possible de prendre une douche mais encore nous informe qu’il a oublié de nous demander le prix des petits déjeuner soit 9 CUC ! ! !

Nous sommes ébahis et de ce fait ne savons pas comment réagir. Nous payons donc malgré le fait que dada lui ait expliqué que nous n’aurions alors plus assez pour payer le taxi allant à l’aéroport et notre repas du soir.

Humberto, notre correspondant de Cubalinda, nous laisse alors partir, dégoulinants de sueur et sans argent en poche. Nous lui disons à peine au revoir, partons déçus et il faut l’avouer emplis de lassitude le temps d’un instant. Quel dommage de vivre ces moments là le dernier jour. Le bilan est que nous n’aurions pas du repasser par la Havane mais nous ne pouvions pas savoir.

Nous tentons d’aller à la piscine de l’hôtel qui nous accueille. Nous plongeons vite fait et là : quel plaisir, quel bonheur de se rafraîchir ! ! Nous laissons de côté un peu le sentiment de colère pour profiter de ce bain inespéré, ne traînons pas trop, nous douchons, nous changeons devant les yeux du personnel de l’hôtel qui a, je le pense, compris le pourquoi de notre visite et partons à la quête d’un taxi au rabais…

Nous marchons un bon moment avant d’en voir passer un et même si nous ne le disons pas, le cœur est un peu serré et inquiet..

Nous croisons deux taxis particular mais qui n’osent pas nous emmener à l’aéroport : trop de police ! Puis un coup de klaxon retentit, un taxi s’arrête qui accepte de nous emmener pour 12 CUC au lieu de 15. Ouf ! ! Nous voici en route, nous lui offrons les petits cadeaux nous restant, soulagés de l’avoir trouvé et espérant sans doute une petite réduction afin de pouvoir manger un petit quelque chose à l’aéroport. Mais il n’en est rien. Le chauffeur nous demande de régler juste avant l’arrivée pour être sûr d’être payé, nous aide pour les bagages, nous salue chaleureusement et nous laisse à l’aéroport.

Nous voici au terme de notre visite à Cuba. Nous avons vécu des moments forts et merveilleux et ne laisserons pas ces mésaventures du dernier jour entacher la force de notre épopée. Nous procédons aux différentes démarches administratives, enregistrons nos bagages, avalons un sandwiche (Dada a trouvé quelque chose dans nos prix), passons la douane ; ce qui n’est pas une mince affaire. En effet, nous devons justifier de l’endroit où nous avons été logés pendant les 12 jours. Cette oppression est difficile à vivre pour nous alors imaginons les cubains au jour le jour ! Nous discutons avec des français qui repartent tout comme nous de Cuba et attendons l’avion.

Cuba espera… ça restera. L’avion arrive avec deux heures de retard..

Nous avons découvert multes choses dans ce pays, avons été séduits par les paysages, émus par le personnage du CHE, bouleversés par ces personnes entassées dans les camions leur servant de bus, émus par la musique à chaque coin de rue, ces couleurs sur les maisons mais aussi les couleurs des peaux montrant une société très hétéroclite et de fait très riche.

Leur histoire veut ça, ils ont été envahis par Christophe Colomb à l’époque où vivaient alors les premiers indiens Taïnos ; l’île a été longtemps espagnole et a donc apporté d’autres visages. Des esclaves africains ont été « importés » ; pardon du terme si moche et pourtant si parlant. Les anglais ont envahi l’île durant un an, les espagnols l’ont reprise et l’Amérique est arrivée avant que les cubains ne soient enfin chez eux.

Autant de faciès différents que de cultures et ce qui est étonnant et fabuleux c’est que tout ce petit monde cohabite dans la solidarité et le respect. Vous entendez au coin d’une rue de la musique tantôt cubaine tantôt à dominante africaine. Vous voyez au détour d’une rue des cubains parfois au visage foncé, parfois au visage tout aussi clair que le notre, parfois encore aux traits plus amérindiens ou espagnols.

Cette diversité apporte un côté merveilleux à Cuba autant que la diversité de la végétation.

Ce qui est constant à travers les villages que nous avons traversés, c’est la vie en famille, le partage de la musique, la danse, le sourire, les regards joyeux, les enfants qui s’amusent d’un rien, les maisons colorées, les musées implantés dans de belles demeures coloniales.

Vous n’entendez pas réellement les gens se plaindre. Peut être est ce le soleil toujours présent qui illumine leur regard ? mais je ne pense pas que ça soit uniquement ça car ils ont droit aussi aux cyclones et aux destructions que ceux ci amènent. Peut être est ce le fait de n’avoir connu rien d’autre ? De ne pas savoir ce qu’ils pourraient matériellement avoir s’ils découvraient le capitalisme ?

En tous les cas, nous revenons avec une certitude. C’est que le capitalisme ; s’il apporte un confort matériel ; il apporte aussi de nombreux insatisfaits, qui se plaignent pour un oui ou pour un non ; il apporte des pauvres plus nombreux et de plus en plus pauvres, en marge de la société ; il apporte des riches plus riches et creuse l’écart entre les couches sociales en diminuant la solidarité.

J’aimerais sincèrement pouvoir montrer ce que nous avons vu aux loulous ; qu’ils voient comment c’est ailleurs ; qu’ils sachent que tous les enfants du monde n’ont pas de game boy mais s’ennuient peut être moins que ceux qui en ont une et communiquent davantage avec leurs prochains ; qu’ils sachent la chance qu’ils ont de pouvoir voyager ; donner leur point de vue ; avoir le droit à la parole et qu’ils travaillent à se découvrir en découvrant les autres. Qu’ils travaillent à apporter aux autres leur richesse humaine en apprenant la leur ; qu’ils travaillent à être émus par d’autres civilisations ; qu’ils travaillent à sourire de tout ; à s’amuser d’un rien ; à relativiser.

Nous revenons encore plus humbles, avec ça dans le cœur pour nous mêmes, heureux d’avoir découvert le dernier pays communiste avant qu’il ne le soit plus.
Nous revenons avec l’envie de découvrir le monde entier ainsi en tentant d’apporter quelque chose à ceux que nous croiserons
Enfin nous revenons avec un regard commun sur une civilisation déroutante parfois mais au combien attachante.

Cuba es cuba








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Commentaires sur cet article
ana
Bravo pour votre journal !
Vos impressions et vos conclusions sont si bien exprimées ...et tellement proches de notre vécu, merçi de mettre des mots sur tous ces sentiments mêlées . Nous rentrons,tout juste de Cuba (périple et formule assez proches du vôtre (nous avec notre grande fille, pas assez courageux pour emprunter los camellos, camionetas, o autoestop) mais la chance de parler espagnol. Et, soulignons-le, heureux de n'avoir pas assisté à des contrôles, soit sur les taxis particulares, soit sur les cubains conversant avec nous dans la rue ! (Hasard ou relache dûe au départ officiel du "grand frère" -sans jeux de mots- quoique...)!! ??
Nous croisons les doigts pour que dans un futur relativement proche, nous puissions y revenir et ne plus voir cette société à deux vitesses :
. que ces charmants jeunes (garçons et filles) ne se soient plus tentés de racoller le touriste même âgé(e)
. qu'ils aient les moyens de voyager, pour constater qu'ils sont vraiment heureux sur leur Magifique île.
N'allez pas me traiter d'utopiste, j'en suis consciente, l'un ne pourra pas aller sans l'autre, mais je ne veux pas imaginer pire avec (une changement trop brusque, une société capitaliste et le retour du voisin américain.
Pardon, si c'est confus mais il se fait très tard...
 

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